Comment obtenir une révision de pension alimentaire ?

Le versement d’une pension alimentaire est une mesure courante dans le cadre d’un divorce ou d’une séparation de corps. Néanmoins, nombreux sont ceux à ignorer que son montant peut être sujet à des demandes révision, pour peu que la situation des parties concernées le justifie…

La pension alimentaire : késako ?

Avant de nous pencher sur le cas spécifique de la révision, attardons-nous quelques instants sur les grandes lignes de la réalité juridique recouverte par la notion de pension alimentaire.

Une mesure de protection pour la progéniture

Au fondement de l‘article 203 du Code civil, les époux sont dans l’obligation de « nourrir, entretenir et élever leurs enfants ».

Même après dissolution du mariage, séparation de corps ou éclatement du couple hors mariage, cette obligation perdure et se matérialise généralement sous la forme d’une pension alimentaire (voir article 373-2-2 du Code civil). Celle-ci se présente dans la majorité des cas comme une rente versée mensuellement, bien qu’il n’est nullement exclu qu’elle prenne d’autres formes (droit de jouissance, prise en charge directe des frais, etc.).

Une mesure non obligatoire

En cas de garde alternée (enfant X jours chez l’un, puis X jours chez l’autre), la question de la pension alimentaire est rarement systématisée et demeure soumise à la souveraine appréciation du Juge aux Affaires Familiales (JAF), notamment sur la base des disparités de revenus éventuelles entre les ex-conjoints.

En revanche, elle prend tout son sens dans le cadre d’une garde exclusive (l’enfant vit au minimum 60% de l’année chez un seul et même parent), décidée d’un commun accord entre les deux époux ou décrétée par le JAF. Le parent délesté de la garde de l’enfant (débiteur) doit contribuer à son entretien « à proportion de ses ressources » (article 288 du Code civil) en versant au parent chargé de la garde (créancier) une pension alimentaire.

La pension alimentaire est distincte de la prestation compensatoire

Les confusions sont légion entre les notions de pension alimentaire et de prestation compensatoire. Bien qu’elles se matérialisent toutes deux en situation de divorce ou de séparation de corps, elles ne partagent que peu de points communs.

  • La pension alimentaire est exclusivement réservée à l’entretien et l’éducation de la descendance directe. Elle couvre les frais liés à l’alimentation, au logement, à l’habillement ou encore à la scolarité de l’enfant lorsque celui-ci entame des études coûteuses dans le supérieur. Son montant est déterminé par le JAF et peut subir diverses réévaluations et révisions au cours du temps.
  • La prestation compensatoire, quant à elle, sert uniquement à compenser les disparités de niveau de vie susceptibles de perdurer entre les ex-conjoints après dissolution de leur union. Elle est donc destinée à l’époux lésé par la fin de la vie commune pour lui permettre de prétendre à un niveau de vie décent (par exemple, si Monsieur est cadre et que Madame est sans emploi, le divorce la laissera dans une situation précaire). Son montant est forfaitaire et n’est donc pas révisable (voir article 270 du Code civil).

La révision de pension alimentaire : qui, quand, où, pourquoi, comment ?

Le calcul initial de la pension alimentaire

L’article 293 du Code civil pose que « les modalités et garanties de [la] pension alimentaire sont fixées par le jugement ou, en cas de divorce sur demande conjointe, par la convention des époux homologuée par le juge ».

En d’autres termes, cela signifie que :

  • Si vous optez pour un divorce à l’amiable, vous serez relativement libre de définir le montant de la pension ainsi que les modalités de versement qui l’accompagnent, d’un commun accord avec votre époux. Le JAF se contentera de vérifier que toutes les mesures prévues respectent l’intérêt de l’enfant.
  • Si vous optez pour un divorce contentieux et/ou que vous ne parvenez pas à trouver un accord avec votre conjoint, c’est le JAF qui statuera sur le montant de la pension alimentaire et ses modalités de versement. Celui-ci se base sur un barème et prend en compte de nombreuses variables pour rendre son jugement (revenus nets des parents, charges, loyers, crédits, mutuelles, etc.).

Le montant de la pension alimentaire n’est pas fixe

Contrairement à la prestation compensatoire précédemment évoquée, le montant de la pension alimentaire n’est pas arrêté une fois pour toutes. Il demeure soumis à deux types de variations, que vous veillerez à ne pas confondre :

  • La revalorisation : si et seulement si le juge fixe une clause d’indexation de la pension alimentaire lors de la procédure de divorce (ce qui n’est pas systématique), le montant de celle-ci est alors appelé à varier au cours du temps sur la base de l’indice des prix à la consommation (indice INSEE). La revalorisation est généralement annuelle.
  • La révision : elle peut être sollicitée à tout moment par le débiteur ou le créancier de la pension alimentaire. Condition sine qua non à la saisine du JAF : un changement de situation du débiteur, de l’enfant bénéficiaire ou du créancier, susceptible de légitimer la révision à la baisse ou à la hausse de ladite pension.

Survenance d’un fait nouveau

Si le débiteur ou le créancier voit soudainement ses capacités contributives diminuer ou augmenter, le montant de la pension alimentaire s’en ressentira si la demande de révision est préalablement soumise au JAF.

De nombreux cas de figure peuvent influer sur le montant de la pension. Citons, par exemple :

– un remariage (augmentation des ressources de la partie concernée)
– une perte d’emploi (diminution des ressources)
– une augmentation directe des ressources via salaire, patrimoine, héritage et autres
– une augmentation des besoins de l’enfant (études supérieures, écoles privées), etc.

À titre d’illustration, si le créancier se remarie, ses ressources connaissent automatiquement une augmentation significative. Pour garantir la participation financière « à proportion des ressources » de chacun initialement prévue par la loi, il serait justifié que le montant de la pension alimentaire subisse une baisse en conséquence, dans l’hypothèse où le débiteur en adresserait la requête au juge.

L’apport de preuves

La demande de révision adressée au JAF doit impérativement être étayée d’un certain nombre de preuves du changement de situation avancé. Pour reprendre l’exemple précédent, le débiteur devra présenter au juge la preuve que son ex-conjoint chargé de la garde s’est remarié et a vu ses capacités contributives sensiblement augmenter.

Bien entendu, débiteur comme créancier cherchent à protéger leurs intérêts propres, a fortiori s’ils entretiennent des relations conflictuelles. Cachotteries et mauvaises foi sont donc monnaie courante dans ce type de procédure, et les preuves n’en sont que plus délicates à obtenir.

Dans ce cas de figure, le recours à un détective privé peut être un excellent moyen de collecter les preuves légales nécessaires à la révision et de permettre au juge de statuer sur son nouveau montant en toute impartialité. Si vous résidez en région Rhône-Alpes, vous pouvez par exemple consulter ce site pour vous renseigner auprès de professionnels de proximité agréés.

Article proposé par Hélène, pour Investipole (https://investipole.fr/).

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